Aujourd’hui, vous maîtrisez les subtilités de la syntaxe et de la grammaire françaises, votre vocabulaire est riche et vos échanges sont fluides.
Quand vous êtes arrivé en France, la prononciation n’était peut-être pas votre priorité. Aujourd’hui, malgré une très bonne maîtrise de la langue, vous avez l’impression d’avoir atteint un plateau.
Vous avez parfois la sensation que certains sons du français restent imprécis.
Ou alors, vous n’entendez pas toujours la différence entre certains sons proches.
Le contexte vous aide à accéder au sens, mais sur le plan des sons, vous avez encore des doutes.
Le saviez-vous : l’Alphabet phonétique international (API) peut vous aider à décoder certains sons dans la chaîne parlée (rapide) du français.
Ne prenez pas peur ! On se fait parfois toute une montagne des symboles phonétiques, alors qu’ils ne sont pas si difficiles à apprendre.
Si l’on considère le temps qu’il faut pour les apprendre et les bénéfices qu’ils peuvent vous apporter, si vous cherchez à perfectionner votre prononciation en français, vous initier aux symboles phonétiques en vaut vraiment la peine.
Vous en doutez encore ?
Lisez la suite, avant de vous plonger dans les nouveaux tableaux des symboles phonétiques sur le site.
Avantage n ° 1 : un outil de précision
Nous écoutons tous le français à travers le « crible » de notre langue maternelle. Sans le vouloir, nous interprétons les sons étrangers en les rapprochant de ceux que nous connaissons déjà.
À l’écrit, mes élèves nord-américains notent spontanément le « e » [ə] que l’on entend dans ‘Relever » par « ruh-luh-ve ».
Quant au « coucou », ils le transcrivent coo-coo… sauf que, en le transcrivant ainsi, ils allongent le son « ou », voire le diphtonguent.
Si ces transcriptions aident parfois à s’approcher d’un son, elles trouvent toutefois rapidement leurs limites pour les sons français qui n’existent pas dans la langue maternelle.
D’où l’intérêt d’utiliser un système universel de transcription des sons, comme l’API.
Avantage n °2 : un outil d'autonomisation
Avec votre niveau en français, vous lisez sans doute des contenus riches, des ouvrages pointus ou de la belle littérature. Lorsque vous rencontrez un mot rare ou technique dans un article, l’orthographe peut être un piège.
En consultant la transcription phonétique dans un dictionnaire, vous n’avez plus besoin d’entendre le mot pour savoir comment le prononcer.
Vous devenez capable de décoder la prononciation d’un mot de manière autonome.
Avantage n °3 : un outil de visualisation
Mes élèves considèrent souvent l’alphabet phonétique comme un code secret.
Cela leur rappelle sans doute l’époque où, enfants, ils se prenaient pour des agents secrets et décodaient des messages secrets écrits en morse à l’encre sympathique (l’encre invisible).
Je sais que j’adorais cela !
Pour l’alphabet phonétique, je dirais plutôt qu’il s’agit d’un code (pas si secret) qui permet d’éclairer les sons ou de faire chanter les mots.
Visualiser les différences entre l'orthographe et la prononciation
Ce code est particulièrement utile pour le français (et l’anglais) qui ne sont pas des langues phonétiques contrairement à l’espagnol ou l’italien.
Dans une langue phonétique, les mots s’écrivent tels qu’ils se prononcent. Ce qui est loin d’être le cas enb français !
Rien ne vaut un bon exemple pour comprendre comment la graphie peut brouiller notre perception.
Vous connaissez sans doute ce sketch de l’humoriste américain Sebastian Marx (qui vit à Paris depuis longtemps) et qui se moque des voyelles françaises du mot « eau ».
En phonétique, et bien, c’est on ne peut plus clair.
L’eau se transcrit [lo]. Limpide, non ? 😊
Démystifier les voyelles nasales trompeuses
Avec les voyelles nasales, l‘API permet de distinguer visuellement plusieurs choses :
– la correspondance entre les voyelles nasales et leurs équivalentes orales
[ɑ̃] dans vent [vɑ̃] → [a] dans va [va]
[ɛ̃] dans vin [vɛ̃] → [ɛ] dans vais [vɛ] ou ver [vɛʁ]
[ɔ̃] dans vont [vɔ̃] → [o] dans vaut, veau ou vos [vo]
– le fait que le « n » ou le « m » de la consonne nasale associée est MUET
Quand on voit le mot nom, on peut avoir tendance à prononcer le « m » final…
alors qu’avec la transcription [nɔ̃], c’est moins le cas, ne trouvez-vous pas ?
Faire disparaître les consonnes muettes
La transcription phonétique permet de se rendre visuellement compte que certaines lettres sont muettes.
- Les marques de pluriels : « s » et « x »
Animaux [animo], chats [ʃa] ou encore oeufs.
Comment deviner la prononciation de ce mot et ses nombreuses lettres muettes ?
C’est tellement plus simple avec la phonétique : [ø] ou E.Ou encore le mot os dont la prononciation change entre le pluriel et le singulier.
- Les lettres muettes
condamner [kɔ̃dane]
sept [sɛt]
boulangerie [bulɑ̃ʒʁi] - Les homographes
Il s’agit de mots qui s’écrivent de la même manière, mais n’ont ni le même sens ni la même prononciation.
Le verbe présider à la 3e personne du pluriel : Ils président [il.pʁe.zid]
→ La terminaison -ent du verbe est muette
Le nom : président [pʁe.zi.dɑ̃]
→ le mot se termine par un son de voyelle nasale [ɑ̃].
Avantage n °4 : une partition précise du phrasé du français
Le français oral privilégie les syllabes qui se terminent par un son de voyelle (on parle de syllabes ouvertes). C’est le principe de la « syllabation ouverte ».
On cherche donc au maximum à avoir des syllabes qui respectent la structure Consonne-Voyelle/Consonne-Voyelle, etc.
L’enchaînement consonantique et la liaison servent à respecter cette structure rythmique. C’est pour cela qu’à l’oral, le français donne l’impression d’un flot continu de sons.
Précisons ce dont il s’agit.
Liaisons et enchaînements consonantiques
Liaison
La liaison fait apparaître un son de consonne qui est muet quand un mot est prononcé seul, mais qui apparaît lorsqu’il « se colle » au son de voyelle suivant.
Ils‿ont faim.
[il.zɔ̃.fɛ̃]
Il s’agit ici d’une liaison en Z.
Dans le mot seul ils, le « s » final est muet.
Un nouveau son apparaît quand on fait la liaison avec la voyelle nasale qui suit.
Les syllabes s’organisent alors pour reconstituer la structure Consonne-Voyelle.
On ne prononce pas : « ilZ ont » [ilz.ɔ̃], mais « il Zont » [il.zɔ̃].
Enchaînement consonantique
L’enchaînement consonantique fait entendre un son de consonne déjà présent dans un mot prononcé seul, et qui va (aussi) se « coller » au son de voyelle suivant.
Le car est là.
Il s’agit ici d’un enchaînement avec la consonne finale « r » de car.
Ce « r » est sonore quand le mot car est prononcé seul.
On parle d’enchaînement, car il va se coller au « e » de est, pour reformer une nouvelle syllabe.
❌le-car-è-la [lə.kaʁ.ɛ.la]
✅le ca-rè là [lə.ka.ʁɛ.la]
La réalité du français parlé : la disparition de certains E
Prenons la phrase courante : « Je ne sais pas ».
Dans les manuels scolaires, on prononce les 4 syllabes :
[ʒə.nə.sɛ.pa]
Dans la rue, au bureau, à l’université, vous entendrez 3 ou 2 syllabes :
je ne sais pas → jeun sais pas → [ʒən.sɛ.pa]
je ne sais pas → jne sais pas → [ʒnə sɛ pa]
je ne sais pas → je sais pas → je sais pas
De plus, par une règle d’assimilation, certains sons changent au contact d’autres sons.
A l’oral : « j » + « s » > ch
La transcription phonétique vous donne la façon exacte dont la phrase est prononcée
chais pas → [ʃɛ.pa]
La transcription phonétique permet de visualiser les endroits où le E [ə] disparaît, alors qu’on pense les entendre !
Tout cela, à cause de l’influence de la graphie sur notre façon de percevoir les sons.
La phonétique fait donc le pont entre l’écrit et l’oral, en guidant fidèlement nos yeux et nos oreilles pour qu’elles entendent les sons tels qu’ils sont produits… et non, tels qu’ils sont orthographiés.
En conclusion
J’espère que ce tour d’horizon vous aura convaincu de l’apport que la phonétique peut avoir sur votre perfectionnement de la prononciation française !
👉 Retrouvez tous les symboles phonétiques des sons du français avec des exemples audio sur sur mon site.
